Critique : Star Wars - Les Derniers Jedi, par le Doc

Spoilers, il y aura...pas des gros, mais voir le film avant préférable il serait...

 

À la fin du Retour du Jedi, l'Empire est tombé et Dark Vador n'est plus. Avant de mourir, Anakin Skywalker a racheté ses fautes en emportant l'Empereur Palpatine avec lui avant de ne faire plus qu'un avec la Force. Luke Skywalker a le regard pensif et c'est sa soeur Leia qui le ramène près des siens, pour partager la chaleur de la camaraderie et la joie des célébrations sous le regard de trois esprits bienveillants. Ils avaient gagné la guerre....mais il y avait encore de nombreuses batailles à mener. Luke est devenu une Légende...et avant cela, il a du lui aussi faire l'expérience du côté obscur. Mais ça, c'était dans une extension de Star Wars qui proposait une version alternative de la suite des films. L'univers parallèle des Légendes, justement...

Le portrait que fait le réalisateur et scénariste Rian Johnson de Luke Skywalker dans Star Wars : Les Derniers Jedi est loin d'avoir fait l'unanimité depuis la sortie du film. Et pourtant cela reste cohérent avec les quelques informations données dans l'épisode VII de J.J. Abrams, Le Réveil de la Force. Luke est désormais un homme fatigué, brisé, hanté par sa plus grande erreur. Il est venu sur Ahch-To pour y mourir et il n'a pas l'intention de reprendre les armes pour mener la Résistance face au Premier Ordre. Le Réveil de la Force se termine par un plan de Rey tendant à Luke Skywalker son sabre-laser. Il a fallu deux ans pour découvrir la suite de ce très beau final, et le geste de Luke est pour le moins surprenant...dans le bon sens. Car Les Derniers Jedi ne cesse de brouiller les pistes, de suivre un modèle, des thèmes qui semblent familier pour mieux les retourner complètement. Ce qui est notamment fascinant, c'est justement le traitement de la figure de la légende, de l'îcone, qui est déconstruite pour appuyer sur une humanité bien faillible. Tout ce qui arrive, c'est à cause d'une seule pensée, d'un moment de faiblesse...

Au début des Derniers Jedi, le voyage du héros de Luke Skywalker est terminé depuis bien longtemps. Celui de Rey, Finn et Poe Dameron ne fait que continuer...

 

 

"Laisser mourir le passé". C'est l'un des thèmes du film, une phrase qui peut définir les arcs narratifs propres à chaque personnage. La révélation de l'identité des parents de Rey, qui défie toutes les théories de fans (et ce n'est franchement pas ma tasse de thé, les théories de fans), est aussi simple que brillante (j'espère bien qu'elle ne sera pas démentie dans l'opus suivant, mais tout est possible). Rey doit apprendre à tourner la page, à dépasser les conséquences de son abandon, à ne plus avoir peur de ne compter que sur elle-même (la scène de la cave insiste sur ce point). Sa maîtrise instinctive de la Force est chaotique, ce qui amène Luke à craindre la puissance qui émane d'elle, mais au final tout est question de faire le bon choix...

Pendant que Rey est sur Ahch-To, la base de la Résistance est attaquée par le Premier Ordre. La première scène du film est ainsi une bataille spatiale ébouriffante qui n'oublie à aucun moment l'aspect humain. Rian Johnson amplifie la tension en mettant l'accent sur un personnage qui n'a pourtant que quelques minutes de temps d'écran, mais dont l'influence se fera sentir par la suite. Cette bataille est décisive pour l'évolution de Poe Dameron (très bon Oscar Isaac, très charismatique) puisque les décisions qu'il prend le mettent sur un chemin qui fera de lui un meilleur leader. Il a face à lui deux femmes avec qui il entre en conflit, la générale Leia et la vice-amirale Holdo (un personnage très intéressant incarné par Laura Dern), ce qui nourrit des péripéties haletantes.

Finn doit quant à lui aller au-delà de son instint naturel, qui est de s'occuper principalement de se sauver lui-même et ses amis, pour servir un but plus important. Alors que le Premier Ordre traque le vaisseau de la Résistance jusque dans l'Hyper-Espace, le jeune homme ne pense qu'à s'enfuir à bord d'une capsule d'évacuation pour rejoindre Rey. Sa rencontre avec un membre de l'équipage, Rose Tico, va bouleverser ses plans et le mener sur la quête d'un cryptographe capable de neutraliser le traqueur-hyper-espace du Premier Ordre.



Cette sous-intrigue, qui envoie Finn et Rose au casino de Canto Bight, fait également partie des nombreux points de désaccords des détracteurs du film. Pour ma part, je ne la trouve pas superflue, car elle amène des éléments qui ont leur importance dans le développement de ce qui suivra. Les "petites histoires dans l'histoire", c'est aussi dans la tradition du serial, l'une des principales références de Star Wars. Et l'aventure de Finn et Rose permet de perpétuer cette petite graine d'espoir qui est au coeur de la Saga des Etoiles. DJ, le mystérieux hacker personnifié par Benicio del Toro, fait partie des nouvelles têtes du long métrage et il participe au propos sur les profiteurs de guerre de ce passage. Il est même plus insidieux qu'il n'y paraît puisqu'il n'a pas de boussole morale et préfère servir ses intérêts plutôt que de faire ce qui est bien, en se détournant d'un haussement d'épaules. 

Le Premier Ordre a été construit sur les ruines de l'Empire, dans les Régions Inconnues aux confins de la Galaxie, en tentant de reproduire le modèle instauré par Palpatine. Les vilains ne peuvent alors s'élever au delà de comparaisons trop fortes pour eux. Ce qui arrive au Suprême Leader Snoke est donc assez judicieux (tout en étant tout de même un poil frustrant, je le reconnais) parce que cela permet à Kylo Ren de s'élever à un autre niveau et de dépasser son statut d'ersatz de Dark Vador...ce qui débute dès sa première apparition avec la destruction de son masque. Adam Driver donne vie à un vilain fascinant et très profond et le scénario détourne habilement le processus de rédemption. On en revient alors à ce détournement des figures imposées qui fait partie de la richesse du récit...

 

 

Avec Les Derniers Jedi, Rian Johnson a concocté quelques unes des scènes les plus impressionnantes de la saga Star Wars, des batailles palpitantes et des plans d'une grande puissance. Les surprises ne manquent pas , l'humour est savoureux et cela sans désamorcer l'impact dramatique (oui, je suis très fan des gardiennes d'Ahch-To et des Porgs). C'est un film qui est une pure démonstration du sense of wonder, et qui pousse la série (tout comme l'exploration de la Force, qui n'a cessé d'évoluer au fil des épisodes...et pas que, puisque sans trop en dévoiler ici, l'une des nouvelles aptitudes de Luke Skywalker a déjà été croisée dans un comic-book Dark Horse) dans des directions très alléchantes.

Et puis quel final...avec ce qui restera pour moi l'un des moments les plus émouvants de toute la saga...

 

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par Le Doc

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1 commentaire

Avatar de Auray

La dernière image du petit garçon leant son sabre en bois m'a aussi beaucoup marqué, un des meilleurs pour moi, j'ai adoré !