Retour vers le passé : L'Homme Invisible (1933)

 

REALISATEUR

James Whale

SCENARISTE

R.C. Sheriff, d’après le roman de H.G. Wells

DISTRIBUTION

Claude Rains, Gloria Stuart, William Harrigan, Henry Travers, Una O’Connor…

INFOS

Long métrage américain
Genre : fantastique
Titre original : The Invisible Man
Année de production : 1933

Le succès de Frankenstein en 1931 a fait de James Whale l’un des réalisateurs les plus influents d’Hollywood et l’un des plus importants membres de l’écurie Universal. Entre 1931 et 1937, et grâce à ses bons rapports avec son producteur Carl Laemmle Jr (fiston de Carl Laemmle, le patron d’Universal), le metteur en scène britannique a connu une période faste et une totale liberté créative sur ses projets. Les choses changèrent lors de l’arrivée aux commandes du studio d’une nouvelle direction en 1937 qui, sous la pression du gouvernement allemand, a interféré avec la production du drame de guerre The Road Back (Après en V.F.) pour en livrer une version qui a fortement déplu à Whale. Dégoûté par cette expérience, Whale ne signa plus que quelques films de commande par la suite avant de quitter Hollywood en 1941.

Pour ne pas être catalogué réalisateur de films d’horreur, James Whale a d’abord refusé de donner une suite à Frankenstein avant de se raviser et de livrer son chef d’oeuvre en 1935 avec La Fiancée de Frankenstein. Les projets sur lesquels il a travaillé entre les deux longs métrages qui ont fait sa renommée témoignent de son sens de l’humour très particulier, comme Une Soirée Etrange/The Old Dark House avec Boris Karloff sorti en 1932 et L’Homme Invisible, l’un des grands succès de l’année 1933 avec le King Kong de la RKO.

 

 

L’adaptation du roman de H.G. Wells était perdue dans ce que l’on appelle maintenant le development hellquand James Whale décida d’en faire le sujet de son nouveau film. Une dizaine de scénaristes de la Universal avaient travaillé sur différents traitements (dont certains envoyaient l’Homme Invisible dans la Russie Tsariste…et même sur Mars !) sans que le studio ne donne son feu vert. Le scénariste R.C. Sheriff, qui a souvent travaillé avec Whale au théâtre, a alors décidé de revenir au matériel de base, le roman de H.G Wells, pour écrire un script qui, selon ceux qui ont lu l’oeuvre originale (ce qui n’est pas mon cas, je le précise) respecte l’esprit et la structure du récit de Wells, tout en apportant de nombreux changements.

Parmi ces changements, il y a l’apport d’une fiancée qui donne au film une dynamique qui rappelle celle de Frankenstein. Jack Griffin est le savant qui se laisse submerger par son travail et qui s’éloigne délibérément lorsqu’il se rend compte qu’il ne peut contrôler le résultat de son expérience (ici, il devient donc invisible et n’arrive pas à trouver un antidote). Flora Cranley, la fille de son mentor, est la femme qu’il aime et le trio est complété avec le Dr Kemp, collègue de Griffin, qui a aussi des vues sur Flora.

La formule d’invisibilité a des effets secondaires sur la personnalité de Griffin, qui développe une mégalomanie qui tourne à la démence. Invisible (et donc à poil pendant une grande partie du film, ce qui est souligné d’amusante façon par des remarques sur le froid ambiant), Griffin peut tout faire, jusqu’aux actes les plus vils et il ne se prive pas pour humilier les gens…avant de passer au meurtre. L’Homme Invisible est d’ailleurs le plus meurtrier de tous les “Universal Monsters” puisqu’il va même jusqu’à faire dérailler un train au cours de l’une de ses crises de folie.

 

 

Pour le rôle principal, James Whale avait surtout besoin d’une voix…et quelle voix ! L’Homme Invisible est le premier film américain de Claude Rains, acteur de théâtre britannique alors inconnu. Celui qui allait ensuite jouer dans des classiques comme Les Aventures de Robin des Bois de Michael Curtiz et William Keighley, Les Enchaînés de Alfred Hitchcock ou encore Casablanca de Michael Curtiz avait dans un premier temps été rejeté par les grands studios à cause de son jeu beaucoup trop théâtral et pompeux. Mais ce ton était précisément ce que recherchait Whale : Claude Rains a donc passé son premier grand film sans montrer son visage (à part pour le tout dernier plan), en mettant en avant sa voix et son langage corporel.

Les aspects sombres du récit s’accordent bien avec les touches humoristiques. Dans L’Homme Invisible, l’humour vient surtout des réactions d’une galerie de personnages secondaires farfelus (James Whale adorait par exemple Una O’Connor, une actrice américano-irlandaire au jeu exubérant…et il l’a également dirigée dans La Fiancée de Frankenstein) face à une situation qu’ils ne comprennent pas. La folie de Griffin s’exprime autant par des moments délirants que par des scènes plus axés sur le suspense. Et l’ensemble est superbement servi par des trucages optiques et pratiques bluffants pour l’époque, que l’on doit à John P. Fulton, magicien à l’impressionnante filmographie !

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par Le Doc

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