Retour vers le passé : Halloween - La Nuit des Masques (1978)

 

REALISATEUR

John Carpenter

SCENARISTES

John Carpenter et Debra Hill

DISTRIBUTION

Donald Pleasence, Jamie Lee Curtis, P.J. Soles, Nancy Loomis, Nick Castle…

INFOS

Long métrage américain
Genre : horreur
Titre original : Halloween
Année de production : 1978

Michael Myers n’est pas un personnage. C’est une force de la nature. Ce n’est pas une personne. Il est mi-surnaturel, mi-humain. Il est comme le vent…un vent maléfique…

Lors de l’annonce du nouveau film Halloween qui sortira l’année prochaine, juste à temps pour célébrer le 40ème anniversaire de la franchise, John Carpenter a naturellement donné la meilleure définition de Michael Meyers (francisé en “Michel Meyer” dans la version française du film par lequel tout a commencé). Michael Myers est un concept, la matérialisation du croque-mitaine des légendes urbaines, le sombre secret d’une ville qu’il est revenu hanter la nuit où le monde des morts rencontre celui des vivants…

Les producteurs Irwin Yablans et Moustapha Akkad ont approché John Carpenter après voir vu Assaut. Pour eux, l’intensité du thriller sorti en 1976 faisait de Carpenter un réalisateur idéal pour un film d’horreur qui, dans les premières phases du projet, était alors intitulé The Babysitter Murders. Mais ce n’est que lorsque Yablans suggéra que l’action se déroule pendant la période d’Halloween que le scénario prit sa forme définitive.

 

 

John Carpenter était habitué aux petits budgets. Ses deux premiers films, Dark Star et Assaut, avaient coûté respectivement 60.000 et 100.000 dollars. Pour Halloween, l’argent alloué n’était pas non plus important, environ 300.000 dollars. Ce qui ne lui a pas permis par exemple d’engager les légendes de l’horreur Peter Cushing et Christopher Lee, un temps envisagés pour interpréter le rôle du Dr Loomis, le “Van Helsing” de Michael Myers (Christopher Lee a par la suite avoué qu’il a regretté d’avoir refusé le rôle parce qu’il trouvait le salaire trop réduit). Le troisième choix fut le bon.
Autre figure importante de l’horreur à l’anglaise, Donald Pleasence (Le Métro de la Mort) compose parfaitement un homme obsédé par sa quête de la destruction de ce qu’il considère être le mal absolu. Le comédien tourna ensuite à deux autres reprises sous la direction de John Carpenter, qui a toujours aimé s’entourer de visages familiers, dans New York 1997 et Prince des Ténèbres.

Qui dit budget modeste, dit décisions pratiques qui ont contribué à l’efficacité du suspense. L’unité de temps a ainsi été réduite à une seule journée et une nuit, dont l’action se déroule dans une rue et deux maisons pour une majeure partie du film. Un lieu où Michael Myers observe et choisit méthodiquement ses victimes, une symbolisation du voyeurisme auquel participe pleinement le spectateur, Carpenter ayant décidé d’utiliser régulièrement le point de vue du tueur et ce dès l’impressionnante et implacable scène d’ouverture.

 

 

On voit rarement le visage de Michael Myers. On l’aperçoit rapidement dans les dernières minutes et surtout on le voit gamin, après son premier meurtre, celui de sa soeur. Des yeux vides, dénués de toute expression. Un souvenir de John Carpenter qui a vu un gosse avoir le même genre de regard lors d’une visite d’un hôpital psychiatrique des années plus tôt. Le masque du Michael adulte renforce cette totale absence d’émotion et d’humanité, amplifiée par le fait qu’à la place de ses yeux, il n’y a que deux grands trous noirs.
Et là encore, l’effet est tout simple : parce qu’il n’y avait tout simplement pas assez d’argent (d’ailleurs, les acteurs devaient venir avec les vêtements qu’ils avaient eux-même acheté), le directeur artistique Tommy Lee Wallace a acheté un masque du Capitaine Kirk pour moins de deux dollars, enlevé les rouflaquettes, élargit le contour des yeux et peint le tout en blanc…et une forme malfaisante (c’est d’ailleurs ainsi qu’il est mentionné dans le générique…the shape, la forme), une icone de l’horreur était née (et lorsque ce visage surgit de l’ombre d’une porte, l’effet est juste saisissant).

Halloween n’était peut-être pas le premier slasher de l’histoire du cinéma, mais c’est le film qui lança définitivement ce sous-genre de l’horreur, porté par une réalisation maîtrisée, une distribution solide et en grande partie composée de jeunes acteurs inconnus du grand public (avec en tête Jamie Lee Curtis dont c’était le premier rôle au cinéma…un rôle qui fera d’elle une véritable scream queen) et un thème musical devenu célèbre et qui happe dès les premières notes. Le troisième long métrage de John Carpenter fut aussi pendant longtemps l’un des films indépendants les plus rentables, avec plus de 70 millions de dollars de recettes au box office mondial, pour une mise initiale de 300.000 dollars.

Halloween s’ouvre et se referme sur un plan de la maison Meyers. Une lourde respiration se fait entendre. Le mal n’a pas quitté la ville. Le croquemitaine ne peut être vaincu…

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par Le Doc

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2 commentaires

Avatar de Le Doc

Merci pour ton appréciation et ce petit complément, Elm Street !

Avatar de Elm Street

Très bonne critique, comme toutes les autres consacrées au cinéma de genre sur ce site. L'anecdote sur le masque est sympa, je viens de la découvrir. Sinon, j'avais écrit il y a longtemps un petit article qui cite une partie d'une interview fournie par John Carpenter sur la musique du film. Je vous le met ici :

Pour réaliser la bande son du film Halloween, le réalisateur John Carpenter s'est servi d'un piano et d'un synthé sur lequel il enchaîne les mélodies en tempo 4-5 (on a quatre notes de départ qui se répètent ensuite); que son père lui avait appris petit.

"Le "quatre-cinq" est déstabilisant, raconte John Carpenter. Puisque c'était un film à petit budget, je n'ai eu que trois jours pour composer la musique de La Nuit des Masques. Alors j'ai trouvé ce morceau, qui ne s'étend que sur un octave, et qui, ensuite, descend d'un demi-ton. Je pouvais le jouer grâce à son caractère répétitif. La plupart des musiques symphoniques et classiques, n'utilisent pas ce genre de tempo étrange; c'est pour ça qu'il met les nerfs à vif quand on l'écoute, d'autant plus que j'utilisais des notes très aiguës [...]"